Dream et Mary : « Les femmes thaïlandaises doivent le respect aux hommes »

Bonjour à tous,

Lors de notre séjour à Bangkok, nous avons rencontré Dream et Mary, toutes les deux guides à Jim Thompson Museum, avec qui nous avons pu échanger sur la place des femmes dans leur pays et leur ressentis en tant que jeunes thaïlandaises.

Pouvez-vous vous présenter ?

Dream : Bonjour, je rappelle Dream, j’ai 23 ans et j’ai terminé mes études récemment, je travaille désormais comme guide francophone à Jim Thompson Museum à Bangkok.
Mary : Je rappelle Mary, je suis thaïlandaise et américaine, j’ai 23 ans. J’étudie l’anglais à l’université et suis en stage à Jim Thompson Museum.

Comment s’est passée votre jeunesse en tant que filles ?

Mary : J’ai eu une adolescence assez spéciale parce que je fréquentais un établissement catholique qui acceptait les filles seulement les trois dernières années de lycée. Donc il y avait beaucoup plus de garçons au lycée et les filles étaient souvent dénigrées.
Par exemple, à l’approche de la Saint-Valentin, les professeurs nous ont clairement laissé entendre que si les filles acceptaient les cadeaux que les garçons leur faisaient, elles étaient considérées comme des filles faciles. La plupart du temps, on persécute et on victimise les filles qui éprouvent de l’affection pour les garçons, au lieu de dire aux garçons de ne pas avoir ce genre de geste qui affecte la réputation des filles. On blâme toujours les filles au lieu de les considérer comme victimes.
J’ai une sœur qui est d’une génération plus âgée de Thaïlandais. Une génération, qui regarde les filles d’un mauvais œil, car ils pensent que les filles ne peuvent pas être indépendantes, qu’elles sont des filles faciles et que les hommes feront toujours mieux qu’elles.

Que pouvez-vous nous dire à propos de votre éducation familiale ?

Mary
: Dans ma famille, nous sommes 2 filles et un garçon. Ma mère aime plus mon frère que ma soeur et moi, elle lui laisse plus de libertés : il peut sortir, aller en soirée, fumer et boire. Et même si ma sœur et moi le faisons un peu, elle veut que nous soyons plus sérieuses. Rien que de dormir chez une amie est très mal vu. Je ne me sens donc pas libre, surtout par rapport à ma mère.
Dream : J’ai un petit frère qui a 7 ans de moins que moi. Un jour, j’ai voulu jouer avec lui en le tapant gentiment, mais ma mère m’a sermonnée en me disant que je n’avais pas à faire ça, qu’il fallait que je respecte mon frère, car c’est un homme.
Je peux vous donner un autre exemple marquant : quand je fais la lessive, je dois séparer mes vêtements de ceux de mon frère, car comme j’ai mes règles, je suis considérée comme sale. D’ailleurs, de nombreux temples dans le nord interdisent l’accès aux femmes réglées.
Les femmes ne peuvent pas donner leurs avis, elles doivent juste écouter ce que les hommes ont à dire. A table, ma mère et moi, nous ne nous exprimons jamais.

Les filles ont-elles le même accès à l’éducation que les garçons ?

En règle générale oui, on doit toutes et tous porter des uniformes. L’école est payante en Thaïlande, plus la famille est aisée, plus l’éducation des enfants sera bonne. L’école publique est la moins chère, là-bas, les jeunes filles doivent se couper les cheveux juste en dessous des oreilles.

Mary : Jusqu’à très récemment, le lycée que je fréquentais n’autorisait pas que les filles portent du maquillage. Il y a encore beaucoup d’hommes qui pensent que les filles qui portent du rouge à lèvres sont des prostituées. Si les filles ont eu quelques copains, c’est mal vu alors que les garçons qui ont eu plusieurs copines sont considérés comme des rois. Les personnes se prennent beaucoup la tête avec les histoires de virginité alors que perdre sa virginité, c’est seulement avoir des relations sexuelles avec quelqu’un. Il y a une grande pression autour de ça, les femmes qui perdent leur virginité sont considérées comme des filles faciles, des mauvaises femmes.

Quelle relation avez-vous avec les garçons ?

Les filles doivent tout le temps prendre soin des garçons et les garçons font toujours des blagues sur les filles et l’argent.
À chaque fois qu’une fille est avec un garçon qui n’est pas très beau, tout le monde dit qu’elle sort avec lui juste pour l’argent. Il y a beaucoup de blagues sur internet à propos des femmes et de leurs relations. Ils ne pensent pas que les femmes peuvent être indépendantes. Certaines filles le peuvent, mais pas toutes, donc ils continuent à rire de ça.
Parfois, certains hommes sont très vulgaires. Dès qu’ils voient une fille qui porte un short ou une jupe, ils insultent et la prennent pour une traînée. Ils aiment voir des filles comme ça mais quand ils voient leur copine habillée de la même manière, ils n’aiment pas du tout.

Est-ce que vous devez vous marier avant d’avoir des enfants ?

Mary : Cela dépend des familles mais la plupart du temps, oui. C’est très mal perçu qu’une fille tombe enceinte sans qu’elle soit mariée. Personne ne prend en compte la responsabilité du garçon qui a mis enceinte la fille, tout est de la faute de la fille. La Thaïlande est un pays qui blâme toujours les femmes et jamais les hommes.

Est-ce que vous avez accès à la contraception ?

Oui, en Thaïlande, nous n’avons pas besoin d’ordonnance pour obtenir des médicaments en pharmacie, ce qui rend les choses assez faciles.
Par contre dans l’éducation thaïlandaise, l’éducation sexuelle est totalement absente. Les enfants et les adolescents n’ont aucune idée de comment se passe un rapport sexuel, de ce qu’est un préservatif et de ce qu’est la contraception. Une des conséquences est que les filles utilisent beaucoup la pilule du lendemain alors qu’il est conseillé de ne la prendre que deux fois maximum par an, car cela peut entraîner des complications. Mais les adolescents ne sont pas assez informés sur le sujet, personne ne leur en parle, que ce soient les parents ou les professeurs.
Les garçons peuvent parler de sexe tout le temps entre eux, tandis que les filles qui parlent de sexe sont, une de fois de plus, considérées comme des filles faciles.

Qu’en est-il de l’avortement en Thaïlande ?

Il est illégal sauf s’il y a un risque de mort pour la mère ou pour l’enfant. Dans la religion, Bouddha dit que ça correspond à tuer quelqu’un, de nombreux médecins refusent de pratiquer l’avortement à cause de cela.
En Thaïlande, tous les enfants doivent apprendre le bouddhisme à l’école. On leur apprend que l’avortement est mal et que ceux qui le font sont des meurtriers.

Mary : Quand j’étais à l’école, on nous a montré une vidéo d’un avortement en nous expliquant que tuer un embryon, c’était comme tuer quelqu’un. J’ai été traumatisée par cette vidéo où on voyait l’opération en détails.

Une fille qui avorte devient une honte pour sa famille, elle a une réputation de fille facile et de meurtrière. Dans le bouddhisme, on dit que si tu avortes, l’esprit de ton bébé viendra te hanter pour le reste de ta vie, mais aussi dans tes autres vies de réincarnation. Tout est fait pour que tu aies peur d’avorter. Une jeune fille qui tombe enceinte accidentellement se retrouve dans une position très compliquée. Les écoles refusent de scolariser des jeunes filles enceintes. Aux yeux de la société, elles sont fautives et doivent assumer leur grossesse.

Il y a t-il des mouvements qui luttent pour une meilleure égalité des sexes en Thaïlande ?

Mary : Personne ne se bat pour le droit des filles.

Dream : Le féminisme n’est pas très connu ici. Les gens pensent que les féministes détestent les hommes.

Mary : La Thaïlande est très en retard par rapport à ça. Les Thaïlandais ne s’intéressent pas vraiment aux sujets qui ne les touchent pas comme la dépression, ils ne pensent pas que ça existe vraiment.

Dream : Oui, si tu es triste ils te conseillent seulement de méditer et d’aller dans les temples.

Comment vous vous sentez en tant que jeunes femmes en Thaïlande ?

Mary : Moi j’aime cette métaphore « les femmes thaï sont les pattes arrières d’un éléphant, alors que les hommes sont ses pattes avant ». On vient toujours après, en support. On se doit de les suivre et d’accepter ce qu’ils nous demandent.

Dream : C’est compliqué pour moi de me sentir inférieure face à mon petit frère. Dans la majorité des familles bouddhistes thaï, les femmes doivent respecter les hommes de la maison. On les écoute sans jamais donner nos avis, les hommes doivent se sentir libres. Alors on ne dit rien, et on subit. Depuis peu, j’envisage d’aller vivre dans un autre pays, comme la Suisse, où les femmes sont plus libres.


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