Luh Rinti Rahayu – « Les balinaises n’ont pas le temps de militer pour la cause des femmes »

Présentation

Je m’appelle Lui Rinti Rahayu et je suis balinaise. Je suis professeure en sciences politiques et chercheuse à l’université.

En plus de mon poste en tant que professeure, je milite pour le droit des femmes comme activiste et femme politique. Enfin, je suis l’une des fondatrices de l’association Bali Sruti.

Qu’est ce que Bali Sruti ?

Fondée en 2004, Bali Sruti est une association qui se bat pour le droit des femmes balinaises, association que j’ai décidé de monter lorsque j’étais au Comite électoral à Bali. La principale activité est d’aider les femmes à entrer dans le monde politique, parce que nous croyons que si des femmes font partie intégrante du paysage politique, elles pourront influencer les décisions et réglementations les rendant plus équitables entre les hommes et les femmes.

Nous sommes plusieurs femmes professeures, avocates, politiques, journalistes ou entrepreneures et faisons vivre cette Bali Sruti sans financement mais exclusivement grâce au réseau. Nous travaillons avec beaucoup d’associations ainsi qu’avec le gouvernement en mettant en relation les femmes et en mettant en place des workshops.

Depuis les élections balinaises de 2004, 2009, 2013 et au regard des élections d’avril 2019, nous essayons de convaincre les différents partis politiques de recruter le quota de 30% de femmes en tant que candidates. Nous avons formé les différentes candidates et avons soutenu leurs campagnes afin que les femmes votent pour elles.

Mais notre travail n’est pas seulement limité au champ politique. Nous travaillons aussi sur des sujets nombreux et diversifiés, notamment pour améliorer les conditions de la population locale. En effet, pendant longtemps nous avons milité pour les droits d’héritage à Bali et en 2010 nous avons réussi à faire passer une loi à l’Assemblée concernant le droit à l’héritage pour les femmes. Désormais, les femmes peuvent hériter d’une petite partie du patrimoine de leurs parents. Malheureusement, même si cette décision a été votée, il reste difficile de la faire appliquer partout à cause de la réticence d’une partie de la population. Mais nous restons déterminées à essayer de changer certaines moeurs.

Pourquoi avez-vous créé cette association ?

Lorsque j’étais fonctionnaire pour l’agriculture, j’étais au coeur des régions rurales de Bali et j’y ai trouvé une société de fermiers dans laquelle les femmes devaient réaliser de très nombreuses tâches et porter de nombreux fardeaux. Je connaissais la relation entre les femmes et les hommes dans la société balinaise : à quel point les femmes étaient soumises et à quel point elles souffraient avec le peu de droits qui leur étaient accordés. Je fus consternée de voir comment, dans notre culture, les femmes subissaient une oppression aussi injuste. J’ai à partir de là, pris conscience qu’il fallait reprendre le coeur du sujet et le retravailler pour obtenir une vie plus juste.

Lorsque j’ai été nommée en tant que membre du comité des élections nationales de Bali Province, je n’ai pas eu besoin de beaucoup de temps pour me rendre compte qu’il y avait un problème avec les femmes en politique. Il est en effet, très difficile de recruter des femmes candidates dans les différents partis. De temps en temps, certaines femmes brillantes souhaiteraient les rejoindre mais elles sont exclues par les hommes et voient leurs candidatures rejetées.

Lorsqu’ils acceptent des femmes dans leurs partis, ce n’est pas pour qu’elles gagnent mais pour que le parti gagne, car elles apportent les voix des femmes balinaises.

C’est à cause de toute cette discrimination que le taux de représentativité des femmes en politique est toujours aussi bas. Car même sil y a un quota de 30% de femmes imposé par la loi, il n’est jamais atteint car le non respect de cette réglementation n’a aucune conséquence pour ceux qui ne l’appliqueraient pas.

Je pense qu’il n’y a pas de démocratie sans femmes. Si on continue à pousser les femmes à entrer en politique, beaucoup de réglementations injustes et non équitables pourront changer.

J’ai senti l’urgence de faire quelque chose pour les femmes. Je ne savais pas comment, mais je ne pouvais pas rester à rien faire.

J’ai commencé à faire quelques recherches et à rencontrer quelques personnes : beaucoup d’amies journalistes ou militantes. Je n’avais pas beaucoup d’argent mais je savais que mon entourage soutiendrait mes idées. Finalement, avec deux de mes amies, nous avons décidé de fonder cette association pour les femmes balinaises.

Que pensez-vous de la condition des femmes à Bali ?

Du point de vue des étrangers, les femmes balinaises n’ont aucun problème. Elles sont vues comme de belles femmes, douées en danse, avec des compétences créatives et artistiques. Mais en réalité, la culture patriarcale de Bali crée beaucoup de souffrance auprès des femmes. Je pense que presque toutes les indonésiennes le subissent, mais les charges et  les responsabilités des balinaises vis à vis de leur famille et de la société excèdent toutes celles des autres femmes en Indonésie.

Quelles sont vos valeurs et vos convictions en ce qui concerne les femmes balinaises et les femmes en général ?

Dans notre livre religieux Bhagavad Gita, il est dit que si une femme souffre dans sa famille, la famille sera détruite. Les femmes ont la responsabilité de donner naissance et de s’occuper de la famille, elles sont sont les génitrices des êtres humains et les gardes du monde.

Dans notre culture, les femmes balinaises ont toujours été habituées et éduquées à être résistantes et coriaces. Si elles avaient les mêmes opportunités que les hommes, je suis sûre que la vie à Bali serait plus juste et prospère.

Comment évoluera, selon vous, la condition des femmes dans le futur ? Quelles initiatives contribuent à leur empowerment ?

Pour moi, le combat des femmes à travers le monde a énormément progressé. Dans le futur, je crois que ce combat mené dans les pays occidentaux va avoir un impact dans le monde entier, y compris dans les pays moins occidentalisés dans lesquels l’égalité hommes-femmes paraît encore impossible. De plus, les avancées technologiques ont permis d’accroître les échanges entre les femmes dans le monde.

Dans les prochaines années, je suis sûre que le nombre de femmes leaders va se multiplier et que cela rendra le monde plus juste et plus agréable.

Pour pouvoir accomplir cela, nous devons changer l’état d’esprit de notre société en continuant les campagnes pour l’égalité. Il faut que toutes les personnes, les femmes comme les hommes, qui comprennent l’importance de l’égalité des sexes à travers le monde, fassent changer les choses. Ce mouvement existe déjà dans les pays occidentaux mais il doit s’élargir à travers les autres régions du monde afin de donner l’opportunité à toutes les femmes de s’exprimer.

Est-il difficile d’être activiste pour la cause des femmes à Bali ?

Bien sûr que ce n’est pas facile, j’ai eu à faire face à de nombreux obstacles.

Être activiste s’ajoute à toutes mes autres activités, de mère, d’épouse, d’employée à l’université et de membre de ma communauté religieuse. Tout cela me demande beaucoup de temps et d’énergie.

Nous, les femmes balinaises, nous avons très peu de temps à consacrer à nos propres activités, à cause de toutes les tâches auxquelles nous devons nous tenir au sein de notre société. Il est donc très difficile de trouver des femmes prêtent à s’engager pour cette cause, faute de temps. Je peine à rencontrer des femmes prêtes à nous rejoindre dans notre combat.


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